Il y a quelques jours de cela, une information importante est passée quelque peu inaperçue, pour la simple et bonne raison que les grands médias tels que Les Echos, le Figaro, le Courrier international et autres, ont décidé de ne pas la relayer. Mark Fiore, célèbre caricaturiste américain, qui a entre autre remporté le prix Pulitzer du dessin de Presse, s’est vu interdire en fin d’année dernière, toutes diffusions de ses animations sur l’Apple Store.
Pourquoi cela ? Il n’est aucunement question ici d’animations érotiques, pornographiques voire même racistes. Alors quelle est la raison de cette censure ? Apple a considéré que les caricatures de Mark Fiore violaient la « section 3.3.14 de l’iPhone Developer Program License Agreement » :
« les applications ne doivent contenir aucun contenu ou élément obscène, pornographique, offensant ou diffamatoire (que ce soit du texte, des graphiques, des images, des photographies, etc.) ou tout autre contenu ou élément qui, dans le jugement raisonnable d’Apple, peut être considéré comme indésirable pour les utilisateurs d’iPhone ou d’iPod Touch ».
Ce qui est, après vérification de ma part, totalement faux. L’animation incriminée nous montre Barack Obama qui voit son discours saboter par un couple d’intrus qui a réussi à s’incruster dans une réception à la Maison-Blanche. Cette animation est simplement un clin d’oeil à l’évènement qui a eu lieu le 24 novembre 2009.
Nous pouvons comprendre la volonté d’Apple de proposer à ses clients du contenu « soft » et de supprimer tout ce qui pourrait choquer l’utilisateur lambda, notamment le jeune public. Cependant, le géant de cupertino manquerait-il à ce point d’humour ?
Please enter the url to a YouTube video.
Ce qui est le plus choquant dans cette affaire, est sans doute l’abstention des grands médias qui font d’Apple leur sujet de prédilection depuis l’annonce de l’iPad. Pourquoi ce silence ?
La raison est sans doute toute trouvée, ces mêmes médias ont dans leurs cartons le développement d’applications iPad, il serait suicidaire de prendre parti pour Mark Fiore s’ils désirent obtenir une validation rapide de ces dernières. Le travail de journaliste n’est-il pas d’informer le public et de traiter les sujets sur un pied d’égalité ?
Outre-Atlantique, la presse américaine a fustigé dans son ensemble cette nouvelle dérive d’Apple en matière de validation de contenus, ce qui a eu pour effet un retournement de veste de la part de la firme de cupertino.
Aujourd’hui, Mark Fiore avoue, lors d’un entretien avec le Wall Street Journal, qu’il se sent mal à l’aise par ce traitement de faveur et se demande si Apple aurait revu sa position s’il n’avaient pas obtenu le Pulitzer.

















Inaperçue? Il me semble avoir vu passer la news sur Macgé, ou j’ai rêvé ? Et sur pas mal de sites US.
Jobs est intervenu pour dire qu’il s’agissait d’une « regrettable erreur », ou une connerie politiquement correcte du genre. Et puis, c’est pas le premier cas, ni le dernier (ça arrive tout le temps pour des apps qui ne sont pas politiquement « incorrectes ». Là non, plus on n’en parle pas trop.
Bref, la question n’est pas de savoir si Apple a de l’humour ou pas, mais de savoir d’où lui vient la légitimité de décider ce qui sera mis en rayon ou pas. Et cette question devrait être posée aussi à Amazon et aux autres « gros tuyaux » de la diffusion numérique.
-> Je n’aimerais pas que le kiosquiste en bas de chez moi refuse de me vendre tel ou tel mag parce que le contenu l’emmerde. Mais alors, pas du tout. Même si le kiosque lui appartient.
Or, les poches bourrées de dollars et les mains pleines d’iPhone et d’iPad, ou non, Apple, à ce niveau, est un kiosquiste.
La censure est une arme déjà bien trop puissante et néfaste dans les mains des Etats. Laisser des sociétés privées s’en emparer n’est probablement pas une très bonne idée: le pognon est bien plus hypocrite/faux-cul/menteur/trompeur/etc. que n’importe quel pouvoir politique.
Devons-nous soutenir Apple quand elle confond son rôle d’industrie novatrice avec celui de guide moral ? Voilà la question à poser. Et si le problème se généralisait vraiment, je connais déjà ma réponse…
Dans le billet j’ai bien indiqué inaperçu dans les grands médias en citant quelques un d’entre eux. Ceux là même qui font leur beurre en parlant régulièrement de l’iPad mais qui « oublient » de parler de cette dérive.
J’aime, comme les mac users, le côté novateur d’apple mais s’il y a bien quelque chose que je déteste c’est qu’une société décide de ce que je dois lire ou non. Pour cette affaire, j’ai bien peur qu’Apple perde toute crédibilité en s’érigeant comme le censeur Roi, garant de la moralité du peuple.
Plus ca va et plus j’ai l’impression qu’Apple se « Google-ise ». J’espère que ça restera qu’une impression…